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UCPA | Ecole de voile & Croisières

Marque Bretagne

Stage de voile spécial "Route du Rhum"

Destination Saint-Malo pour le départ de la Route du Rhum

Daniel, moniteur UCPA raconte :

"Ce Dimanche 1er Novembre 2014, nous sommes à la bouée de dégagement du départ de la Route du Rhum. Le Cap Fréhel est noir de monde !"

Une importante flottille de bateaux spectacteurs se tient sur le nord de la zone de course dans laquelle nous sommes autorisés à naviguer grâce à notre pavillon orange !

 A l'horizon se dessinent les voiles sombres de Banque Populaire et de Genese X qui deviennent de plus en plus grosses en se rapprochant de la bouée...

L'aventure a commencé Jeudi sur l'Albatros à Lorient avec un équipage de 5 stagiaires UCPA : Marion, Sabine, Nathalie, Xavier et Jean-François, et également Daniel le moniteur UCPA en second, Valdo l'armateur du bateau et Bérangère la skipper professionnelle (Surprise, elle a connu le centre UCPA de Pauillac quelques années en arrière pour faire une formation de chef de bord ! La mer n'est pas si grande !)

 L'Albatros est un cotre en acier  - BT Challenge de 21 mètres. Ce type de bateau a été construit à 14 exemplaires pour faire une course en monotypie : le tour du monde contre les vents dominants dans le milieu des années 90.

 L'objectif de la croisière est de partir de Lorient pour monter à Saint-Malo et assister au départ de la Route du Rhum puis revenir ensuite sur Lorient en accompagnant le début de la course. La météo est avec nous à l'aller, mais une perturbation avec des vents forts de SW nous attend à partir du Dimanche lorsqu'il faudra rentrer....

 Les préparatifs (dont un copieux avitaillement) se font rapidement. Il faut pouvoir se présenter au Raz de Sein à 4h00 le lendemain matin et 12h00 de route sont nécessaires pour y arriver. L'appareillage se fera à 16h00. Les quarts s'organisent pour la nuit en deux bordées qui se remplacent toutes les quatres heures. Le bateau avec ses 47 tonnes de déplacement nécessite beaucoup d'anticipation et de préparation pour réaliser les manoeuvres. Les voiles d'avant se manipulent avec des palans depuis la soute avant. Plus rien n'est à l'échelle d'un seul homme, le travail d'équipe s'impose pour toute action. L'immersion hauturière est complète pour les équipiers qui ont déjà tous une expérience en croisière habitable. Il n'y aura que trois escales au mouillage sur la semaine et le prochain pied à terre sera à Lorient à la fin du stage.

 A Saint-Malo, il y a beaucoup d'activités sur le plan d'eau. Nous arrivons le samedi soir et nous mouillons dans la Rance, devant la Tour Solidor. Une bonne nuit pour tout l'équipage après cette navigation depuis Lorient. Valdo débarque pour faire les formalités auprès du comité de course et récupérer le fameux pavillon qui nous permettra de rester dans la zone de course.

 Au matin, nous voyons sortir les derniers bateaux qui ont été éclusés durant toute la nuit pour sortir du bassin Vauban. Nous quittons le mouillage pour rejoindre le Cap Fréhel. Il y a peu de vent pour le moment, un coup de vent est attendu dans la nuit à venir. Au repas de midi, un boeuf bourguignon mijoté depuis la veille, accompagné d'un petit vin qui va bien, cale nos estomacs pour aborder la course dans de bonnes conditions ! Les bateaux de la classe Ultime, Prince de Bretagne en tête, Sodebo et Oman Sail passent tour à tour, puis tous les autres, suivis par les multi50 et les Imoca.

 Lorsque la flotte des 40 pieds arrive, nous intégrons le peloton. Le soleil se couche et nous voyons tous les bateaux sur l'horizon autour de nous. Puis la nuit tombe, nous apercevons quelques feux des concurrents et nous pouvons continuer à suivre la flotte sur l'écran grâce à l'AIS. Nous plions le Yankee2 sur le pont pour rester sous trinquette. La VHF diffuse régulièrement l'avis de BMS. Le vent monte progressivement au fur et à mesure que la nuit avance. Certains estomacs (qui pourtant avaient été calés avec un bon poulet au curry) se vident, la main d'oeuvre opérationnelle se raréfie...

 Cela n'a jamais été simple de sortir de Manche dans un coup de suroit ! 6 heures de courant de jusant nous aident mais nous avançons en "plantant des pieux" vent contre courant dans les vagues, puis 6 heures où vent et courants de flôt sont contre nous, ce qui rend la mer plus maniable mais n'aide pas à gagner sur la route ! Et ensuite, on recommence.

 Le bateau, malgré sa taille accuse les coups de butoirs dans la mer formée. Quelques incidents techniques viennent compliquer un peu les choses : une voile fermée sur le pont se remplit d'eau et fait rompre un chandelier ; celui-ci tenait le tangon tribord et il se décroche à son tour... Puis le raban qui assurait le mouillage se rompt sous l'action des vagues, et l'ancre s'échappe du davier pour venir pendre en balançant contre l'étrave... L'anémo accroche les 40 noeuds, ça fait un peu de boulot quand même pour remettre tout ça en ordre dans la piaule ! Nous sommes obligés d'abattre pour stabiliser le bateau afin de pouvoir travailler sur le pont. Sur un des quarts, le GPS traceur nous montre une belle trajectoire en boucle qui à la fin du quart nous fait revenir quasiment à l'endroit du début de ce même quart ! C'est démoralisant cette technologie !! Parfois, il ne vaudrait mieux pas savoir. Nous avons une pensée pour ceux qui sont tous seuls sur leurs bateaux pour le même festival !

 Au petit matin, le vent a molli : 6 beaufort. Nous avons des nouvelles de la flotte. La course est finie pour plusieurs. Sodébo fait route sur Roscoff avec deux étraves arrachées suite à une collision. Jean Galfione s'est pris une bouée sur le plateau des Roches Douvres. Nous l'avons vu pendant un certain temps sur notre tribord cette nuit. Lui repartira après réparation mais il y a déjà 7 abandons, la liste s'allongera dans les heures qui vont suivre.

 Les couchettes sont des hamacs rembourrés, confortables même dans le baston... Pas besoin de berceuse lorsqu'on a fait son quart ! Une petite pause de trois heures au mouillage devant Roscoff permet à tout l'équipage de se remettre sur pied.

 Nous quittons la course pour nous engager dans le chenal du Four puis le Raz de Sein. Devant la Baie d'Audierne, un trois mâts se dessine à l'horizon, c'est l'Hermione qui naviguera de conserve avec nous jusqu'à l'île de Groix !

 Nous rejoignons le port de Lorient le Mercredi à 1h00 du matin. Une courte nuit de 4/5 heures puis nous rangeons le bateau, emmenons deux voiles en réparation... Un petit restau et chacun repart chez soi, avec le mal de terre et l'esprit qui est resté un peu au large sur un des bateaux qui traversent ! C'est pas facile d'atterir pour aller retrouver le boulot ! Et lorsqu'on retrouve son lit, on se demande pourquoi la brassière n'est pas sur la table de chevet !

 Et oui, l'aventure est bien finie ! Quand est qu'on rembarque ???

 

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